Fin de partie pour le service d'autopartage Autolib' en région parisienne
C'est fini pour les petites voitures électriques grises du service Autolib', plombé par un lourd déficit : Paris et sa banlieue, réunies en comité syndical ce 21 juin, ont mis un terme au contrat avec le groupe Bolloré, augurant d'une belle bataille judiciaire.
Le Syndicat mixte Autolib' Vélib' (SAVM), qui rassemble les 103 communes partenaires dont Paris, "a refusé de verser la compensation infondée de 233 millions d'euros réclamée par le groupe Bolloré par courrier du 25 mai entraînant de fait la résiliation du contrat au 25 juin 2018", a-t-il annoncé dans un communiqué ce 21 juin, à l'issue d'une réunion du comité syndical. Le syndicat va, dans les jours à venir, "négocier un protocole de sortie de contrat afin de régler l'ensemble des modalités opérationnelles", a-t-il ajouté, sans précision sur la date effective de l'arrêt du service. "Nous irons faire prospérer nos systèmes d'autopartage là où on nous accueille", a commenté le directeur général du groupe Bolloré Gilles Alix, présent dans la salle, indiquant que le groupe allait "continuer à se battre devant le tribunal administratif".
La réunion du comité syndical, composé d'élus de tendances diverses, a donné lieu à des débats tendus entre les représentants de la capitale et certaines communes de banlieue. Des élus, souvent de droite, n'ont pas pris part au vote pour dénoncer "Mme Hidalgo qui nous a amenés où nous sommes aujourd'hui", selon Benoît Blot, pour le Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine)
Le syndicat mixte, au sein duquel la ville de Paris est majoritaire, et le groupe Bolloré se renvoient depuis des semaines la responsabilité du déficit, estimé par Bolloré à un total de 293,6 millions d'euros et dont il accepte de ne prendre en charge que 60 millions.
"Saut dans l'inconnu"
Groupe et syndicat mixte ne sont d'accord sur rien, chacun estimant l'autre responsable de la résiliation du contrat et au-delà, de l'avenir des 254 salariés. Une centaine de ces derniers ont d'ailleurs manifesté devant la mairie du XIIe arrondissement, pour demander "la préservation de leur emploi" et la "poursuite d'Autolib'".
Lancé en fanfare en 2011 sous le mandat de Bertrand Delanoë, le dispositif fort de 150.000 abonnés, a dû faire face à un changement des façons de se déplacer, avec le vélo électrique, le VTC, la location de véhicules privés. Sans compter son image dégradée et ses voitures souvent sales.
La ville de Paris a annoncé jeudi que les 3.244 places de stationnement actuellement dévolues aux Autolib' seraient réservées dès la fin du service aux propriétaires de voitures électriques, et leurs bornes de recharge accessibles.
Les usagers ont réagi en nombre, après ce vote du comité syndical. Sur Twitter, une Parisienne a écrit "quel dommage, un service qui va beaucoup nous manquer" alors qu'un autre internaute affirmait que "le plus épatant, c'est la mauvaise gestion de tout ça".
Côté élus parisiens, la maire a concentré les critiques de l'opposition, les Républicains pointant "une longue et coûteuse procédure contentieuse" à venir, "alors que les 100.000 abonnés se retrouvent sans solution du jour au lendemain". "Saut dans l'inconnu", a renchéri Pierre-Yves Bournazel, élu parisien et député d'Agir. "La facture s'allonge", a estimé le groupe PPCI (pro-Macron, ex-LR) dénoncant une "décision arbitraire dictée par Anne Hidalgo". Pour l'UDI-MoDem, "au final, la ville de Paris, le Syndicat mixte et les communes membres se sont fait mener en bateau par un industriel qui n'avait d'autre volonté que de se servir de Paris comme d'une vitrine pour mettre en avant son produit".
Le précédent Vélib'
Danielle Simonnet (La France insoumise) s'est inquiétée du devenir des salariés avant de demander une "rupture" similaire avec Smovengo, l'opérateur de Vélib'. Car avant Autolib', la ville de Paris et le syndicat mixte ont dû se colleter à un autre "fiasco" à ce jour non résolu, celui du service de vélos Vélib' en berne, compliqué d'un conflit salarial aigu depuis le changement de fournisseur de cet équipement.
En attendant, les Parisiens adeptes des nouvelles mobilités pourront se consoler en testant un nouveau service de trottinettes électriques en libre-service lancé par la société américaine Lime. Quelques centaines de ces deux-roues sont disponibles depuis ce 22 juin dans deux arrondissements centraux (Ier et VIème) avant d'être progressivement déployées dans les prochaines semaines dans le Xème, le XIème puis dans le reste de Paris. Lime, ainsi que tous les acteurs deux roues, doivent signer le 27 juin une charte de bonne conduite avec la ville de Paris.