Montpellier s’engage pour une alimentation solidaire, choisie et de qualité (34)

Afin de lutter contre la précarité, un collectif d’acteurs locaux expérimente à Montpellier une sécurité sociale de l’alimentation. Le dispositif s’appuie sur des producteurs locaux, qui trouvent ici une garantie de revenus. 

Dans l’Hérault, Montpellier Méditerranée Métropole et la ville de Montpellier font face à une précarité alimentaire grandissante. En 2021, 25 acteurs publics et privés – la ville de Montpellier, la métropole, les collectivités locales, les entreprises, les associations, les chercheurs et les citoyens – se regroupent au sein du collectif Territoires à VivreS. En janvier 2023, la Caisse alimentaire commune de Montpellier est inaugurée. Cette expérimentation sur deux ans vise à mieux nourrir la population, tout en garantissant un revenu décent aux producteurs locaux. Grâce à un système de cotisations, les habitants volontaires peuvent dépenser chaque mois 100 euros en monnaie solidaire dans des lieux de distribution alimentaire référencés.

« L’idée n’est pas de concurrencer les dispositifs d’aide alimentaire existants, explique Marie Massart, adjointe au maire déléguée à la politique alimentaire et à l'agriculture urbaine. Nous souhaitions proposer une autre offre alimentaire ; plus solidaire, choisie et de qualité. L’originalité du dispositif est de donner un coup de pouce sur des produits frais et locaux. Notre projet vise aussi à mettre en relation les consommateurs et les producteurs locaux, afin de favoriser le mieux manger tout en garantissant un revenu décent aux producteurs locaux. »

Une autre manière de mettre en œuvre la solidarité

En 2022, la ville et la métropole de Montpellier répondent à l'Appel à manifestation d'intérêt (AMI) de la Banque des Territoires, dans le cadre du Plan France 2030, avec le projet Territoire Alimentaire solidaire (TerrAsol). « Terrasol est un démonstrateur territorial pour l’accès à une alimentation de qualité, explique l’élue. C’est un projet qui intègre une dimension de gouvernance et de démocratie, c’est une autre manière de faire de la solidarité et de lutter contre la précarité alimentaire.»

En octobre 2022, un comité citoyen de l’alimentation, constitué de 47 habitants volontaires, devient l’instance décisionnaire. « La collectivité a préféré prendre du recul et laisser la gouvernance aux citoyens, souligne l’élue. Quatre administrateurs du Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural et de l’association Vers un réseau d’achat en commun sont devenus membres de l’association [*]. C’est une gouvernance partagée avec un comité institutionnel et la ville. Pour que le projet fonctionne, il est important d’impulser une dynamique, en veillant à ne pas prendre le pas sur l’initiative citoyenne. La collectivité aide et facilite, nous mettons des salles à disposition. »

Cotiser selon ses moyens 

En janvier 2023, la Caisse alimentaire commune de Montpellier démarre son expérimentation avec les 47 membres du comité citoyen. Fin 2023, la caisses alimentaire commune compte 400 expérimentateurs, dont 270 foyers tirés au sort selon leurs âges et leurs revenus, dans une logique de représentativité. 80 participants rejoignent l’expérimentation grâce à des partenaires du programme Territoires à Vivres. Pour toucher les publics éloignés, un travail a été mené avec les associations, les structures sociales du Département et des organismes présents dans les quartiers prioritaires de la ville. L’initiative s’inspire de la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), un projet national porté par un collectif d’acteurs. La SSA vise à faciliter l’accès à des produits alimentaires locaux et sains, grâce à une allocation alimentaire universelle, financée par cotisation sociale. À Montpellier, la cotisation mensuelle varie dans une fourchette allant de 1 à 250 euros, elle est calculée en fonction des revenus. En retour, chaque participant bénéficie d’une enveloppe constituée du montant de sa cotisation, auquel s’ajoute une aide de 100 euros. La caisse est ainsi abondée via deux sources de financement : les cotisations (50 %) et la Banque des Territoires (France 2030 - 50 %).

Un dispositif basé sur la confiance

Le groupe expérimental est constitué de personnes volontaires, sélectionnées pour être représentatives de la population montpelliéraine. Le comité citoyen a fait le choix de la confiance : aucun justificatif administratif n’est demandé ; une grille d’autodétermination permet à chacun de se positionner selon ses revenus, le reste à vivre, la composition du foyer et son budget alimentaire. « Une cotisation minimum est demandée, elle est symbolique et permet d’assurer l’engagement dans la démarche. Nous incitons ceux qui le peuvent à cotiser davantage pour augmenter la part du budget dédiée à une alimentation de qualité. »

Une monnaie alimentaire numérique, la MonA, a été développée en partenariat avec la monnaie locale et citoyenne, la Graine 34. L’enveloppe mensuelle attribuée par la Caisse alimentaire aux participants est distribuée en MonA. La somme est à dépenser dans la cinquantaine de lieux de distribution alimentaire conventionnés : producteurs en direct, marchés paysans, groupements d’achat ou petits magasins de proximité. « Les lieux d’achat ont été sélectionnés par le comité citoyen qui a élaboré sa définition d’une alimentation de qualité, poursuit l’élue. Cette provision ne peut pas être utilisée pour d’autres types de dépenses : matériel, hygiène, alcool… Cela aide les habitants à accéder à des produits sains, tout en permettant aux agriculteurs locaux de vivre de leur production. » 80 % des achats sont effectués sur des produits biologiques.

Des retours très positifs

Plus d’un an et demi après le lancement, les 400 personnes apprécient le dispositif pour sa simplicité d’utilisation, l’autonomie et les bons produits. « Les expérimentateurs ont le sentiment de se faire du bien en mangeant sainement. Le dispositif n’est pas stigmatisant. Les personnes retrouvent une capacité à s’offrir des extras comme des asperges, de la viande ou du poisson. Les lieux conventionnés ont vu apparaître une nouvelle clientèle et les producteurs locaux se réjouissent d’avoir des produits accessibles à tous. C’est un cercle vertueux pour les habitants et les producteurs. »

L’objectif est d’atteindre 600 personnes en 2025. « L’expérimentation s’achèvera en 2030. Nous recherchons des financements pour poursuivre l’initiative sur le long terme », conclut l’élue. Début 2026, une maison de l’alimentation solidaire verra le jour. La ville a acheté un bâtiment qui hébergera les acteurs du mieux manger : groupements d’achats, cantine populaire, cuisine pour organiser des ateliers...

*Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (Civam)Vers un réseau d’achat en commun (Vrac)

Budget de l’expérimentation 2023-2024 (estimation)

Budget global de la Caisse : 520 000 euros (montant total des MonA distribuées) pour près de 400 foyers inscrits, financé par :

  • cotisations des participants : 296 000 euros 
  • subventions : 224 000 euros (environ 50 % public et 50 % privé)

 

Budget de fonctionnement :  250 000 euros / an

  • Salariés : 5 équivalents temps plein (ETP) en moyenne
  •  frais de fonctionnement et d’animation

 

Budget prévisionnel 2025

  • 1 254 500 euros pour une expérimentation avec 600 foyers participants, dont :
  • budget Caisse (versements en MonA) : 794 000 €
  • 195 000 euros pour 4,3 ETP + 86 500 euros de mise à disposition pour 1,9 ETP
  • frais de structure : 62 200 euros
  • autres frais de fonctionnement : 116 800 euros

 

Financement

  • Pour le budget de la Caisse 2025 : 397 000 euros de cotisations citoyennes (50 %) et 397 000 euros du Secrétariat général pour l'investissement (SGPI) via la Banque des Territoires (50 %)

  • Pour le budget de fonctionnement : Secrétariat général pour l'investissement (SGPI) via la Banque des Territoires (188 000 euros), ville de Montpellier (30 000 euros, dont 15 000 euros via le Pacte des Solidarités, Montpellier Méditerranée Métropole (30 000 euros, dont 15 000 euros le via Pacte des Solidarités, conseil départemental Hérault (10 000 euros), Région Occitanie (15 000 euros), Fondation de France (125 000 euros), Fondation Daniel et Nina Carasso (50 000 euros) et Altémed (12 500 euros)

Commune de Montpellier

Nombre d'habitants :

307101
1 Place Georges Frêche
34 000 Montpellier
contact@mairie-montpellier.fr

Marie Massart

Maire adjointe, en charge de la politique alimentaire et de l’agriculture urbaine

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