Cour des comptes – Emploi : cibler les jeunes les plus éloignés
Le rapport public annuel de la Cour des comptes publié ce19 mars 2025, consacré cette année à la jeunesse, estime que les dispositifs d'aide et d'accompagnement à l'emploi des jeunes s'élève à 7,3 milliards d'euros en 2023, avec des bénéfices "relatifs". 1 jeune sur 10 entre 15 et 24 ans est considéré comme étant ni en études, ni en formation, ni en emploi (Neet). Depuis 2017, la situation des jeunes sur le marché de l'emploi se redresse mais "des difficultés structurelles persistent" souvent en lien avec des inégalités territoriales.

© Stephane AUDRAS/REA
En 2024, 1 jeune sur 10 entre 15 et 24 ans est considéré comme étant ni en études, ni en formation, ni en emploi. Une proportion qui tend à diminuer mais qui reste cependant au-dessus de la moyenne européenne. Dans son rapport public annuel, consacré cette année à l'état des politiques publiques en faveur des jeunes, publié mercredi 19 mars 2025, la Cour des comptes aborde entre autres le volet emploi en se penchant sur la problématique de l'entrée dans la vie active et souligne d'emblée une difficulté d'accès à l'emploi dont les causes sont multiples : concurrence accrue, manque d'expérience professionnelle, voire accès au marché de l'emploi via un emploi précaire. La Cour conclut donc qu'il est nécessaire d'adapter l'offre de formation ainsi que les mécanismes d'orientation des jeunes afin de mieux répondre aux besoins du marché du travail. (voir aussi notre article de ce jour sur le volet orientation de ce rapport).
Logement et déplacement : les difficultés
Parmi les écueils auxquels sont confrontés les jeunes, la Cour pointe la difficulté d'accès au logement et la faible mobilité de nombreux jeunes. Le premier logement conditionne la capacité des jeunes à accéder à une formation ainsi qu'à un emploi, suggère le rapport, tout comme la recherche d'un emploi nécessite d'être mobile. Un défaut de mobilité qui pèse plus lourdement sur les jeunes ruraux ou vivant en zones périurbaines. La Cour cite à ce titre une enquête (Terram) qui montre que 38% des jeunes ruraux entre 15 et 29 ans ont renoncé à un entretien d'embauche en raison de difficultés de déplacement. Un constat encore aggravé pour les jeunes en situation de handicap.
Taux de chômage 2,4 fois plus élevé que celui des actifs
Les jeunes sont également davantage confrontés au chômage que d'autres catégories d'âge, même si, souligne le rapport, il existe "une large palette d'instruments ciblés ou non sur les jeunes" en matière d'accompagnement, de formation professionnelle ou encore d'incitation financières à l'embauche. Le rapport cite à ce titre le plan d'investissement dans les compétences (PIC), l'alternance, les contrats aidés et plus largement le rôle des missions locales, le contrat d'engagement jeune et bien sûr l'accompagnement de France travail. Résultat des courses, le taux de chômage des jeunes s'élève à 17,2%, soit un taux 2,4 fois plus élevé que celui de l'ensemble des actifs et largement au-dessus de la moyenne européenne (14,5%).
En parallèle, la Cour comptabilise 7,3 milliards d'euros fléchés vers ces dispositifs en 2023, soit deux fois plus qu'en 2017 avec des bénéfices relatifs : 54,3% des jeunes sont en études hors alternance sur cette période, contre près de 60% en 2017, et 35,2% sont en emploi, contre 29,2% en 2017. En 2023, on dénombre 313.000 entrées en contrat d'engagement jeune et 852.000 contrats d'apprentissage conclus (contre 305.000 en 2017).
Des dispositifs à actualiser en fonction de la conjoncture
Si elle conclut à une "amélioration tendancielle de l'emploi des jeunes", la Cour appelle néanmoins à une mise à jour de la stratégie de l'État en la matière. Depuis 2017, la situation des jeunes sur le marché de l'emploi se redresse, avec un taux d'emploi qui progresse de 6 points, largement porté par l'essor de l'alternance. Pour autant, "des difficultés structurelles persistent" et la part des jeunes qui ne sont ni en études, ni en formation, ni en emploi reste élevée, souvent en lien avec des inégalités territoriales.
Globalement, l'accès des jeunes entre 15 et 24 ans à l'emploi est également plus difficile que chez nos voisins européens. Pour autant, les efforts budgétaires pour améliorer la situation ne sont pas négligeables, même si le lien de causalité avec un redressement de la situation est jugé "incertain". Finalement, c'est la conjoncture économique qui reste déterminante en matière d'accès à l'emploi des jeunes. La Cour des comptes appelle donc à se doter d'un "cadre stratégique rénové et régulièrement actualisé à l'aune de la conjoncture économique", prenant l'exemple du plan "Un jeune, une solution" conçu comme une réponse à la crise sanitaire et qui "ne constitue plus une référence pertinente" (voir notre article du 28 juillet 2022). Tout l'enjeu consisterait alors ajuster les dépenses globales de l'État de manière à mieux cibler les efforts à destination des jeunes les plus éloignés de l'emploi.
Ciblage des publics dits "invisibles"
Le rapport souligne enfin la nécessité de construire des parcours sans rupture et plus spécifiquement adaptés aux besoins des jeunes. Une démarche qui va nécessiter d'harmoniser davantage les dispositifs existants afin d'éviter que certains jeunes ne soient orientés dans des voies uniquement par souci de remplir des objectifs quantitatifs.
Vient ensuite la question du ciblage des publics dits "invisibles" à propos duquel la Cour appelle à dépasser le stade de l'expérimentation mis en place à travers des appels à projets lancés en direction du secteur associatif. Davantage qu'un pilotage par l'offre, elle prône un pilotage par les besoins et les résultats qui permettrait de cibler plus efficacement les dispositifs en faveur de l'emploi des jeunes.
En résumé, la Cour reconnaît que l'objectif d'un parcours sans rupture se heurte à une coordination inaboutie entre les acteurs de l'emploi des jeunes, notamment entre les missions locales et France travail. Pourtant, c'est bien ce besoin de coordination qui est au cœur de la loi pour le plein emploi de 2023 (voir notre article du 6 janvier 2025), tant à travers la refonte de la gouvernance du service public de l'emploi que dans la systématisation de l'inscription des jeunes sans emploi à France travail.