La présidente du Pass culture entend travailler avec les collectivités

Auditionnée par la commission de la culture du Sénat, Laurence Tison-Vuillaume, nouvelle présidente de la SAS Pass culture, est revenue sur les dernières évolutions du dispositif et a insisté sur la nécessaire collaboration avec les collectivités territoriales.

Éteindre l'incendie provoqué par les dernières décisions du gouvernement sur le Pass culture et tracer les grandes lignes de l'évolution du dispositif pour n'oublier aucun jeune, tels étaient les défis que Laurence Tison-Vuillaume, nouvelle présidente de la SAS (société par actions simplifiées) Pass Culture, a tenté de relever lors de son audition devant la commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport du Sénat, le 26 mars. Elle a aussi répété à plusieurs reprises son ambition de collaborer avec les collectivités territoriales.

Le 30 janvier dernier, le ministère de l'Éducation nationale annonçait le gel de la part collective du Pass culture en raison d'un important dépassement de budget (lire notre article du 5 février). Le 27 février, un décret abaissait le montant global disponible pour chaque jeune au titre de la part individuelle de 350 à 200 euros et repoussait à 17 ans au lieu de 15 ans l'âge minimum pour en bénéficier (lire notre article du 28 février). Deux – fortes – étincelles qui ont mis le feu aux poudres et ont provoqué une mobilisation, notamment sur internet, en témoignent les messages postés sur X, sous l'étiquette #RendezNousLePassCulture et la pétition qui a déjà recueilli le 28 mars au matin près de 125.000 signatures.

"Aller chercher les jeunes restés en marge"

Sur la part collective, Laurence Tison-Vuillaume se veut rassurante : "Pas un euro ne manquera en 2025 sur les 72 millions d'euros de crédits votés en loi de finances. Les projets pourront de nouveau être proposés et retenus à la rentrée prochaine et la plateforme Adage rouvrira en temps voulu." Mais, souligne-t-elle, "cela implique de sécuriser le pilotage de cette part collective en amont afin d'éviter toute difficulté, et cette mise à plat a débuté". Allusion à la présence contestée de certaines offres ou à l'absence d'autres propositions pourtant attendues dans le catalogue mis à disposition des établissements scolaires.

Sur la part individuelle, la présidente de la SAS insiste sur la majoration de 50 euros qui bénéficiera aux jeunes âgés de 18 ans bénéficiaires de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) ou de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) ou encore à d'autres sous conditions de ressources : "Il faut aller chercher ces jeunes qui parfois sont restés en marge. Les évaluations ont montré que les jeunes moins favorisés étaient en dessous du niveau [de recours au dispositif] de ceux qui aujourd'hui s'approprient le Pass culture. D'où le travail absolument nécessaire que nous allons faire dès maintenant avec une grande variété d'associations qui connaissent ces jeunes sur le terrain, et avec les services déconcentrés de l'État et les collectivités territoriales."

"Notre boussole : travailler en pleine collaboration"

Des collectivités, il a souvent été question lors de l'audition. En réponse à Karine Daniel, sénatrice de la Loire-Atlantique, qui s'inquiétait de voir dans le Pass culture "une opportunité de désengagement de certaines collectivités sur des dispositifs d'éducation artistique et culturelle" (EAC), Laurence Tison-Vuillaume a estimé dans un premier temps qu'une telle réalité n'avait pas été constatée. Elle a ensuite rappelé que "les collectivités territoriales, de longue date, travaillent à ces questions. Nous serons particulièrement attentifs à ce que cette collaboration permette les bonnes articulations pour qu'il n'y ait aucun phénomène de substitution, de désengagement". Surtout, elle a pointé "l'effort de l'État et des collectivités territoriales réunis" qui s'élève en matière d'EAC à 3,6 milliards d'euros par an. "Ce doit être notre boussole de faire en sorte de travailler en pleine collaboration", a-t-elle affirmé, avant de marteler le message central de son intervention : "Le Pass culture va devenir un opérateur qui s'insère dans une politique partenariale." 

Derrière cette formule qui peut sembler passe-partout, la présidente du Pass culture avance des propositions concrètes. Comme le partage de la donnée en matière culturelle avec les collectivités, "en toute transparence" : "Il est important que nous nous transformions en observatoire vivant des pratiques culturelles." Autre chantier, plus essentiel encore : la mobilité pour rendre l'offre culturelle accessible sur tous les territoires. Une convention sera bientôt signée dans le Grand Est avec "tous les niveaux de collectivités pour mobiliser un faisceau de possibilités en matière de transport". "C'est un sujet que nous prenons en main et qui sera pour nous un chantier de développement", a appuyé Laurence Tison-Vuillaume. 

Interrogée en fin d'audition par Laurent Lafon, président de la commission, sur l'évolution statutaire de sa structure pour en faire un "opérateur de l'État", la nouvelle patronne du Pass culture s'est en revanche montrée plus évasive. "Nous ouvrons le sujet", a-t-elle confié, avant d'admettre la possibilité que le Pass culture puisse tout simplement conserver la forme d'une SAS.

 

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