Réindustrialisation et décarbonation du territoire de Fos-Berre : ouverture d'un débat public global, une première en France
Comment concilier développement économique, décarbonation et préservation du cadre de vie ? La Commission nationale du débat public (CNDP) a donné ce 2 avril le coup d'envoi de trois mois de discussions sur l'avenir du territoire de Fos et de l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône), deuxième zone industrielle la plus polluante de France située à 50 km de Marseille.

© Stephane Lesbats, Ifremer CC BY 4.0
Réunions publiques, débats mobiles, ateliers, ciné-débats, webinaires : inauguré ce 2 avril au soir à Fos-sur-Mer, épicentre de la zone industrialo-portuaire choisie par l'État pour devenir, avec Dunkerque (Nord), une des premières "zones industrielles bas carbone" de France, le débat global inédit organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) se poursuivra jusqu'au 13 juillet prochain. Il portera sur des projets industriels (hydrogène, acier, chimie...) mais aussi d’infrastructures notamment électriques, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Gard et l’Ouest des Bouches-du-Rhône. Pas moins de 17 rencontres sont déjà prévues dans 13 villes de ces départements.
Selon la CNDP, près de 50 projets, englobant aussi le transport et la logistique, devraient contribuer à la transition de ce territoire, situé notamment sur les emprises du Grand Port de Marseille et qui produit un quart des émissions industrielles de CO2 en France. Au total, près de 20 milliards d'euros d'investissements potentiels sont attendus, avec à la clé la promesse de 10.000 emplois directs. "C'est inédit, c'est la première fois qu'est organisé en France un débat d'une telle ampleur, géographique mais aussi thématique", a souligné le préfet des Bouches-du-Rhône, Georges-François Leclerc.
Les échanges seront organisés autour d'ateliers "filières" (industrie verte, acier, projets portuaires, aéronautiques, logistiques...) et de rencontres territoriales ou thématiques allant de la "transition industrielle et décarbonation" aux "risques naturels et technologiques", en passant par le "financement et la gouvernance", l'"énergie et l'électricité", la "mobilité et les transports"... "Il s'agit du premier débat public global qui porte sur plusieurs projets d'aménagement ou d'équipement sur un même territoire délimité et homogène", a confirmé le président de la CNDP, Marc Papinutti, lors d'une conférence de presse à la veille du lancement.
"La solution de facilité aurait été de découper le grand projet Fos-Berre en autant de segments, et d'obtenir à chaque fois de petites victoires démocratiques", a relevé Georges-François Leclerc, également préfet de région. Mais, "à aucun moment, la population n'aurait eu une vision d'ensemble, ce qui aurait sans doute engendré un sentiment de frustration", a-t-il noté.
Parmi les principaux enjeux figurent la sécurisation de l'approvisionnement électrique, qui devrait passer par la construction d'une ligne à très haute tension (THT), mais aussi la préservation d'espaces naturels particulièrement riches en biodiversité. "On ne peut plus penser compétitivité des territoires sans acceptabilité de la part de ceux qui y travaillent et y vivent", a affirmé le préfet.
Des réunions publiques sont ainsi prévues à Beaucaire (Gard) et Arles (Bouches-du-Rhône), où l'opposition à une ligne THT aérienne de 65 km, traversant une partie de la Camargue, reste très vive malgré la présentation d'un tracé "de moindre impact". Une contre-expertise indépendante relative à l'enfouissement total ou partiel de cette ligne sera prochainement publiée, tout comme les études d'impact environnemental réalisées notamment sur la plaine de Crau, qui abrite la dernière steppe protégée d'Europe, ou l'Etang de Berre, entouré de quatre sites Natura 2000.
"Toutes les études alternatives seront publiées et prises en compte", a assuré la présidente du Débat public Fos-Berre Provence, Audrey Richard-Ferroudji, en soulignant "l'importance de refléter, en toute indépendance, neutralité et transparence, l'ensemble des positions et argumentations exprimées par chacun lors des débats". Mais "il ne s'agit pas d'un référendum", a-t-elle insisté. "Les propositions alternatives seront discutées. Suite à cela, les décideurs, l'Etat et RTE (gestionnaire du réseau électrique), se positionneront."
La CNDP devra publier avant le 13 septembre son compte-rendu du débat. Les porteurs de projets auront trois mois pour y répondre.
Le lancement de ce débat public d’ampleur inédite intervient en plein examen du projet de loi de simplification de la vie économique à l’Assemblée nationale. Celui-ci pourrait être l’occasion pour le gouvernement de réduire les compétences de la CNDP en rendant facultative l’organisation d’un débat public sur les grands projets industriels (lire notre article), au grand dam des défenseurs de l'environnement et de la participation citoyenne.