Les Yvelines se mettent à la "prescription muséale"
Imaginée au Canada, la prescription muséale se propose d'améliorer le bien-être des malades en les invitant au musée. Le conseil départemental des Yvelines, en lien avec des professionnels de santé, l'intègre désormais à sa politique sociale et culturelle.

© Département des Yvelines CC BY-NC-ND 2.0
"Vous prendrez un musée toutes les trois semaines." C'est à travers ce petit clin d'œil que le département des Yvelines illustre son "Mode d'emploi des prescriptions muséales", un guide destiné aux patients et soignants désireux d'intégrer son programme lancé en décembre 2024.
Prescription muséale ? Ne cherchez pas dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, cette mention n'y figure pas. Ici, la prescription n'est pas remboursée par la Sécu mais par la collectivité. Son but ? Utiliser une visite dans un musée comme outil de médecine "douce" dans des cas de pathologies liées au stress ou entraînant des troubles de la personnalité, mais aussi pour d'autres types de pathologies. L'idée générale étant, pour le malade, d'oublier un moment sa maladie et de tirer bénéfice de l'atmosphère calme et propice à l'évasion du musée. La prescription muséale s'inscrit, on l'aura compris, dans une démarche de mieux-être global de la personne, le moral pouvant avoir une influence sur l'état d'un malade.
Dans un rapport de 2019, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que "les résultats de plus de 3.000 études ont identifié le rôle majeur des arts dans la prévention des problèmes de santé, la promotion de la santé, ainsi que la gestion et le traitement des maladies tout au long de la vie". L'OMS ajoute que "l'impact bénéfique des arts pourrait être renforcé", notamment en promouvant "l'engagement artistique aux niveaux individuel, local et national" et en soutenant "la collaboration intersectorielle". Dès 2018, le Musée des beaux-arts de Montréal prenait les devants en inventant la prescription muséale qui a, depuis, franchi les frontières du Canada.
Réseau des musées
En France, le château de Compiègne et l'Institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière signent dès 2019 une convention pour la mise en place d'ordonnances muséales, le tout à l'initiative du groupe Parole & Réaction de l'association Action Cœur, qui court après un double objectif : "Faciliter la reprise du cours normal de la vie et tester les bienfaits psychologiques et médicaux de la fréquentation d'un lieu de culture." Les partenariats entre institutions de santé et musées se sont depuis multipliés partout en France et les collectivités ont fini par s'emparer de cette idée à leur tour.
Après la ville de Rennes, pionnière en la matière et dont une première évaluation fait état d'un bilan positif, le conseil départemental des Yvelines a lancé, en décembre 2024, SolYmusées, un grand programme destiné à ouvrir les musées de son territoire à la maladie et au handicap. Doté de 50.000 euros pour l'année, il se divise en quatre actions : formation des personnels en contact avec le public handicapé, diagnostic d'accessibilité des musées, animations lors d'une Semaine du handicap et, enfin, prescription muséale, une première à l'échelle d'un département.
Cette dernière action a été anticipée dès l'été précédent, quand le conseil départemental a sollicité le réseau des musées, centres d'art et monuments qu'il anime depuis 2021. Il leur a alors demandé s'ils souhaitaient devenir partenaires du programme. Parmi la trentaine de membres du réseau, dix-huit ont répondu positivement, dont le Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, le Musée de la batellerie et des voies navigables de Conflans-Sainte-Honorine ou le Château de Maisons à Maisons-Laffitte.
Près de mille visites potentielles
En ce qui concerne la prescription muséale, le principe proposé par le conseil départemental est simple : les musées et autres lieux d'art s'engagent à recevoir les porteurs d'un chèque leur donnant, ainsi qu'à un accompagnant le cas échéant, accès gratuitement à leurs expositions et collections. De son côté, le conseil départemental s'engage à rembourser ses partenaires sur la base des chèques récoltés.
La question se posait toutefois de recruter des professionnels de santé susceptibles de prescrire cette visite muséale. Pour cela, la direction de la culture du département s'est tournée vers la direction de la solidarité et la direction de la santé qui ont, à leur tour, sollicité leurs propres réseaux. Résultat : en quelques semaines, 93 chéquiers de dix chèques ont été distribués, soit près de mille visites de musée potentielles pour l'année à venir. Ces chéquiers ont été confiés à des médecins généralistes, des infirmières, des psychologues, etc., mais également à des services hospitaliers ou à des fondations. Dans ces derniers cas, un référent est chargé de répartir les chèques au sein de l'institution. Chaque professionnel de santé est ensuite libre de prescrire des visites au musée, sans limitation de nombre.
Retours souhaités pour affiner le dispositif
Pour aider à cette prescription, les professionnels de santé des Yvelines peuvent s'appuyer sur un catalogue dans lequel chaque musée précise ses conditions d'accueil. Car au-delà de la contemplation des œuvres, c'est aussi le calme des lieux qui est recherché. "Le musée est calme et rarement bondé", peut-on lire dans de nombreuses fiches. La Maison-musée Raymond-Devos de Saint-Rémy-les-Chevreuse précise même le jour et la tranche horaire les plus calmes.
Un renouvellement des chéquiers est d'ores et déjà prévu pour ceux qui les auraient tous utilisés. Pour toute nouvelle demande, le professionnel de santé devra fournir un bilan des prescriptions précédentes. Actuellement, la prescription muséale du département des Yvelines est centrée sur la reconstruction de la personne après un parcours de soin, particulièrement dans le cadre de consultations en psychiatrie et en addictologie ou d'un suivi médicosocial. Les retours des premiers prescripteurs serviront à affiner le dispositif dans le futur.