Activité physique et obésité : l'école mauvaise élève
Une mission flash menée par deux députés dresse un constat sombre de l'activité physique et de la lutte contre l'obésité à l'école. Parmi les préconisations, on relève la nécessité de rendre effectives les heures d'EPS prévues dans les programmes et de financer la création de cours actives et sportives.

© @CastelnauleLez
"Sédentarité croissante", "insuffisance du rôle de l'école dans la promotion et l'encadrement de l'activité physique et sportive", "situation risquant de conduire à une véritable épidémie de surpoids et d'obésité", telles sont les conclusions alarmantes, publiées le 19 mars 2025, de la mission flash conduite par les députés Frédérique Meunier et Christophe Proença sur l'activité physique et sportive et la prévention de l'obésité en milieu scolaire.
Alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande pour les 6-17 ans au moins soixante minutes par jour en moyenne d'activité physique, selon l'Observatoire national de l'activité physique et de la sédentarité (Onaps), 37% des 6-10 ans, et 79% des 11-17 ans n'atteignent pas ce niveau. Et ce alors que 81% des garçons et 73 % des filles de 6-17 ans passent plus de deux heures par jour devant un écran.
Quant à la mesure de l'évolution du surpoids et de l'obésité, elle s'est heurtée "à un surprenant déficit de données". La dernière étude de Santé publique France – qui montrait que 17% des enfants d'âge scolaire étaient en surpoids – date de près de dix ans et les résultats de la prochaine enquête ne seront connus qu'en 2028. Cependant, d'autres enquêtes laissent présager une nouvelle tendance haussière : la Ligue nationale de lutte contre l'obésité va jusqu'à estimer que 34% des 2-7 ans sont en surpoids et 18% en situation d'obésité.
Appréhender l'EPS comme une "matière centrale"
Face à ce constat, l'éducation physique et sportive (EPS) devrait, selon les rapporteurs, être appréhendée comme une "matière centrale". Or "force est de constater que c'est loin d'être le cas, en particulier dans le premier degré où le temps moyen effectif consacré à l'EPS est de 1 heure 45 par semaine quand les programmes prévoient trois heures. D'un autre côté, alors que les enseignants du premier degré "ont absolument besoin de l'appui" des conseillers pédagogiques en EPS, ces postes ne sont pas tous pourvus. Toujours au primaire, moins de 30% des écoles sont affiliées à l'Union sportive de l'enseignement du premier degré (Usep), et ce nombre est en "baisse tendancielle". Enfin, si la mission salue les "30 minutes d'activité physique quotidienne" mise en place depuis la rentrée 2022, elle en relativise la portée : elle n'est réellement mise en œuvre pour au moins la moitié des élèves que dans 42% des écoles et ne concerne qu'au maximum deux jours dans la semaine. Quant aux séances d'EPS au collège, elles sont "vidées de leur sens" en raison du temps de déplacement vers l'infrastructure sportive.
En conséquence, la mission recommande notamment de rendre les trois heures hebdomadaires d'EPS effectives au premier degré, de porter le volume horaire à quatre heures pour tous les collégiens. Mais aussi de renforcer la place de l'EPS dans la formation initiale des enseignants du premier degré, de rendre obligatoire l'adhésion de chaque école à une fédération de sport scolaire et d'ouvrir le bénéfice du financement du sport scolaire par le Pass'sport.
Accélérer le déploiement des cours actives et sportives
Toujours à l'école, la mission préconise une mesure-pesée de tous les élèves de CE2 par un infirmier scolaire, suivie d'une visite médicale pour les élèves en surpoids ou en situation d'obésité, la généralisation des tests de forme physique annuels au collège et la systématisation de l'évaluation du savoir-nager, tout en établissant des chiffres nationaux précisant le nombre d'élèves n'ayant pu être évalués faute d'accès à une piscine.
Enfin, au chapitre des équipements indispensables à la mise en mouvement des enfants à l'école, la mission invite à adapter les cours d'école à des pratiques "variées et inclusives" en accélérant "fortement le déploiement du programme des cours actives et sportives piloté par l'Agence nationale du sport dans le cadre du plan 5.000 équipements Génération 2024". Or, on sait désormais que l'ANS ne cible plus spécifiquement les cours actives et sportives dans ses orientations (lire notre article du 18 mars). Plus largement, la mission demande de recentrer le plan 5.000 vers les "équipements à fort impact" – cours d'écoles ou équipements légers utilisables par les scolaires situés à proximité immédiate des établissements et équipements structurants trop lourds à financer pour les communes – avec une affectation des moyens à l'échelle plus proche des territoires que l'échelle régionale". Sur ce point, les dernières orientations de l'ANS sont alignées sur celles des députés.