Dépenses de voirie des collectivités : de forts contrastes entre départements ruraux et urbains
Le département des études et des statistiques locales de la DGCL vient de publier une étude analysant les dépenses de voirie des collectivités locales entre 2013 et 2023. Le document fait notamment apparaître une nette augmentation des dépenses d’investissement des départements sur ces infrastructures depuis 2016, avec de fortes disparités entre milieu urbain et rural.
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© Aurélie Roudaut
Les collectivités locales sont les principales gestionnaires de la voirie en France, avec 717.000 km relevant des communes et 377.000 km des départements. Dans un bulletin qui vient d’être publié, le département des études et des statistiques locales de la DGCL a passé au crible l’évolution des dépenses consacrées à ces infrastructures par les collectivités de plus de 3.500 habitants (les seules pouvant être quantifiées*) au cours de la période 2013-2023.
13,3 milliards d'euros de dépenses en 2023
Ces collectivités, qui ont sous leur responsabilité environ la moitié du réseau national, ont consacré 13,3 milliards d’euros de dépenses à la voirie en 2023, dont 7,1 milliards d’euros pour les communes et groupements à fiscalité propre (GFP) et 5,9 milliards d’euros pour les départements et collectivités territoriales uniques (CTU), soit 7,6% des dépenses totales de ces derniers, indique le document. De 2016 à 2023, les dépenses d’investissement de voirie des départements ou CTU ont augmenté de plus d’1 milliard d’euros tandis que leurs dépenses de fonctionnement sont passées de 2,2 milliards d’euros à 1,9 milliard d’euros (-0,3 milliard d’euros).
À la suite des transferts d’une partie des routes nationales intervenus en 1972 et en 2006, la longueur moyenne de voirie départementale s’établit à 3.849 km en 2023. C’est dans la Manche, l’Eure-et-Loir et le Puy-de-Dôme qu’elle est la plus élevée (respectivement 7.995 km, 7.421 km et 6.958 km) et à Mayotte, dans les Hauts-de-Seine et en Seine-Saint-Denis la plus basse (respectivement 144 km, 331 km et 344 km).
Près de 60% de la voirie départementale en milieu rural
Près de 60% de la voirie départementale est localisée dans les territoires ruraux. Ce sont les départements les plus peuplés qui présentent les dépenses de voirie par habitant les moins élevées (67,8 euros/hab. dans les 21 départements de 1 million d’habitants ou plus contre 189,4 euros/hab. dans les 17 départements de moins de 250.000 habitants). Plus un département ou CTU est rural, plus ses dépenses de voirie sont élevées, en partie du fait d’un facteur taille, souligne l’étude, les départements les plus ruraux étant souvent les moins peuplés. Ainsi, les 16 départements ruraux de moins de 250.000 habitants dépensent par habitant en voirie deux fois plus que les 10 départements ruraux de 500.000 à 749.999 habitants (195,2 euros/hab. contre 97,1 euros/hab.).
Un coût de la voirie par kilomètre largement plus élevé en milieu urbain
Les départements urbains et denses affichent pour leur part le coût de la voirie par kilomètre le plus élevé – 57.475 euros/km contre 10.595 euros/km dans les territoires ruraux et 19.040 euros/km dans les territoires à densité intermédiaire. "Plusieurs facteurs structurels pourraient expliquer ces coûts plus élevés dans les zones urbaines, relève l’étude : une faible longueur de voirie qui concentre les investissements sur un réseau limité mais intensément utilisé ; des infrastructures complexes incluant des signalisations, des pistes cyclables, etc., et d’autres équipements associés ; ou encore des contraintes opérationnelles, notamment la nécessité de limiter la durée des travaux dans des zones à forte circulation, ce qui pourrait engendrer des coûts supplémentaires." Proportionnellement, la part des dépenses de fonctionnement dans le total des dépenses de voirie par kilomètre est plus élevée dans les départements les moins peuplés. Cette spécificité s’explique par "des coûts fixes importants, liés à l’entretien courant, à la gestion administrative et aux opérations récurrentes et un niveau d’investissement moins important pour améliorer les infrastructures et en construire de nouvelles dans les territoires très peu peuplés", analyse l’étude.
Bloc communal : des dépenses en hausse de plus de 25% entre 2017 et 2023
Concernant le bloc communal, le document se fonde sur l’analyse d’un échantillon de 44 blocs communaux regroupant 19,6 millions d’habitants qui ont consacré en 2023 2,6 milliards d’euros à l’entretien et à l’aménagement de 51.390 kilomètres de voirie. Entre 2017 et 2023, leurs dépenses de voirie ont augmenté de 25,8%, principalement sous forme d’investissements du fait du cycle électoral des communes. Le fort niveau de construction de logements individuels au cours de la période a aussi entraîné une hausse marquée des dépenses de voirie. La position dans l'architecture urbaine (centre ou couronne) influe aussi sur les dépenses de voirie : entre 2017 et 2023, celles-ci ont augmenté de 29,6% dans les blocs communaux de la couronne d’un pôle et de 23,5% dans ceux situés au sein d’un pôle d’attraction.
* Seules les communes de 3.500 habitants et plus sont légalement tenues de ventiler leurs dépenses par fonction.