Caisse des Dépôts : une "année record" pour le logement et les collectivités

Le groupe Caisse des Dépôts a présenté ce jeudi 20 mars ses résultats pour 2024. Le niveau des prêts accordés au secteur du logement social, mais aussi au logement intermédiaire, ainsi qu'au secteur public local, affiche une forte augmentation par rapport à 2023. L'activité d'investissement est elle aussi restée soutenue.

2024 aura été une année "record" pour la Banque des Territoires, notamment en termes de prêts, tant du côté du logement social que du secteur public local. C'est sans doute ce que les acteurs locaux pourront en priorité retenir des résultats annuels du groupe Caisse des Dépôts présentés à la presse ce jeudi 20 mars. Ces résultats, ceux d'une "très grande année", selon les termes d'Olivier Sichel, le directeur général de la Caisse des Dépôts par intérim, permettent en effet d'afficher un total de 28,5 milliards de prêts signés en 2024, soit une hausse de 74% par rapport à 2023. Dont 20,9 milliards de prêts sur Fonds d'épargne en faveur du logement social et de la politique de la ville. Le reste, soit 7,6 milliards, correspondant à des prêts au secteur public local. "C'est un fait notable", a souligné Kosta Kastrinidis, le directeur des prêts, évoquant "le grand dynamisme des investissements des bailleurs sociaux" et constatant "le même phénomène pour les collectivités". Et ce, d'autant plus que cela s'est réalisé "malgré les incertitudes" et les instabilités.

115.000 logements abordables financés l'an dernier

Sur le terrain du logement, la croissance est visible sur tous les segments. Le logement social bien-sûr, avec 10,5 milliards d'euros de prêts (soit une hausse de 14% par rapport à 2023), qui ont permis de financer la production de 85.000 logements sociaux. Kosta Kastrinidis souligne toutefois la hausse des coûts de production d'un logement, qui explique pour partie que les bailleurs aient dû emprunter davantage.

Le caractère "exceptionnel" de 2024 se lit aussi pour le logement intermédiaire, avec 4,5 milliards d'euros de prêts signés (contre 600 millions d'euros l'année précédente), pour 30.000 logements. Parmi les éléments de contexte : le soutien de la Banque des Territoires aux plans d'Action logement et de CDC Habitat, ainsi qu'un certain nombre de rachats de logements par des bailleurs auprès de promoteurs.

Le tout, a additionné Kosta Kastrinidis, correspond ainsi au financement de "115.000 logements abordables, soit plus de 40% de la production de logements neufs" en France l'an dernier. De quoi largement réaffirmer le fameux rôle contracyclique de la Caisse des Dépôts dans le contexte actuel de crise du logement. Le logement social reste et restera bien "au cœur de la mission" de la Caisse des Dépôts, a d'ailleurs assuré Olivier Sichel.

Le directeur des prêts a au passage relevé le succès du prêt Duoz, ce récent véhicule innovant de préfinancement destiné aux organismes de logement social et opérateurs de logement intermédiaire, qui a déjà suscité 2,3 milliards d'euros de prêts contractualisés sur l'enveloppe de 5 milliards d’euros annoncée en septembre dernier lors du congrès HLM.

Le financement de la rénovation du parc social a quant à lui représenté 3 milliards d'euros de prêts en 2024, pour 110.000 logements rénovés, après une année 2023 ayant déjà atteint de bons résultats.

Collectivités : 25% des communes accompagnées

S'agissant des collectivités locales, là aussi donc, 2024 a donné lieu à "une très forte augmentation des prêts", a confirmé Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires par intérim. Une hausse que celui-ci lie notamment au dynamisme des "programmes" mis en place, avec une série de thématiques fortes. Il y a le domaine de l'eau, au sujet duquel Kosta Kastrinidis a indiqué que 400 projets ont été accompagnés l'an dernier (auprès de 180 communes, 130 EPCI, ainsi que des syndicats), notamment via l'Aqua Prêt. En notant qu'un nouvel outil d'agrégation de données sur la ressource en eau, baptisé Aqua Repère, sera lancé "dans quelques semaines". Autre thématique forte, naturellement, la rénovation thermique. Dont celle des établissements scolaires. Sur l'objectif de 10.000 établissements, "nous en sommes déjà à 4.000", a fait savoir Antoine Saintoyant. Le domaine de la mobilité décarbonée progresse lui aussi fortement, porté notamment par l'offre Mobi Prêt.

Le soutien au secteur public local et, plus globalement, aux territoires passe aussi pour la Banque des Territoires par l'investissement, en légère hausse par rapport à 2023, pour un portefeuille de 8,5 milliards d'euros. Sur 2024, ce sont 1,3 milliard d'euros qui ont été engagés dans 263 projets sur l'ensemble du territoire. Et Olivier Sichel de citer, parmi la longue liste de projets dans lesquels la Banque des Territoires a investi, l'exemple de la "gigafactory" de batteries électriques bas carbone à Dunkerque (150 millions d'euros de quasi-fonds propres) ou celui d'unités de valorisation énergétique à Toulouse (56,2 millions d'euros).

Mais au-delà de ces gros projets, le directeur général tient aussi à mettre en avant la "capillarité" croissante de l'action de la Banque des Territoires : "8.547 communes distinctes ont été accompagnées entre 2019 et 2024, soit 25% des communes françaises. Nos financements et investissements couvrent l'ensemble des métropoles et villes moyennes et un grand nombre de communes rurales. L'ancrage a principalement progressé auprès des villes moyennes", détaille le document de présentation des résultats.

Transformation écologique, souverainetés, cohésion sociale et territoriale

Plus globalement, Olivier Sichel a réaffirmé ce jeudi les trois "objectifs stratégiques" du groupe Caisse des Dépôts : la transformation écologique (lutte contre le réchauffement climatique, adaptation, préservation de la nature... pour près de 28 milliards d'euros mobilisés l'an dernier), les "souverainetés" (souveraineté énergétique avec les énergies renouvelables, souveraineté industrielle, souveraineté numérique avec entre autres les enjeux de cloud souverain et de cybersécurité, souveraineté financière…), la cohésion sociale et territoriale (au-delà du logement, des collectivités et du développement territorial, on songe aussi au grand âge et à la santé et à tout ce que fait la Direction des politiques sociales – retraites, formation, handicap…).

Quelques chiffres clefs pour 2024 : un bilan agrégé de 1.388 milliards d'euros (+28 milliards), 69,1 milliards d'euros de fonds propres agrégés (+1,5%, et +44% par rapport à 2018), un résultat net agrégé de 5,1 milliards. La section générale (activités financières et participations) affiche un résultat consolidé stable ou en légère hausse, à 3 milliards d'euros. Une courbe notamment freinée par l'impact de la crise de l'immobilier sur les dépôts des notaires mais en revanche portée par la Banque des Territoires et par le groupe La Poste. Côté fonds d'épargne, le bond est spectaculaire, le résultat s'établissant à 2,1 milliards d'euros, contre 920 millions un an plus tôt. Certes, a précisé Olivier Sichel, ce bond a en partie été "mécanique", lié au "lissage" de la remontée des taux de l'épargne réglementée intervenu en 2023. En tout cas, avec la stabilisation du taux du livret A, l'offre de prêts indexés sur ce taux est aujourd'hui "particulièrement compétitive, notamment sur les maturités longues", constate Antoine Saintoyant.

 › Défense : la Caisse des Dépôts fait évoluer sa doctrine d'investissement

La Caisse des Dépôts va faire évoluer sa doctrine d'investissement pour intégrer plus facilement les entreprises de défense, dont les besoins vont croissant, a indiqué ce jeudi le ministère de l'Economie. Plus précisément, celui-ci a annoncé, lors du colloque réunissant à Paris investisseurs et industriels de la défense sur le financement du secteur, "la révision de la politique d'investissement sectorielle de la Caisse des Dépôts pour permettre l'investissement de toutes ses filiales dans la Base industrielle et technologique de défense (BITD)". Les investisseurs publics français investiront 1,7 milliard d'euros pour renforcer les fonds propres des entreprises de la défense, a indiqué à cette occasion le ministre de l'Economie et ancien directeur général de la Caisse des Dépôts Eric Lombard.  Cette "révision de la politique d'investissement sectorielle" permettra "l'investissement de toutes ses filiales" dans la base industrielle et technologique de défense, tissu de 4.500 entreprises du secteur, a précisé Bercy.

"Nous publions aujourd'hui notre politique sectorielle de défense qui va engager tout le groupe Caisse des Dépôts. On est profondément engagé dans le soutien de l'industrie de défense. (...) On va financer tout ce qui est autorisé, tout ce qui est permis par la loi (...), tous les segments de défense", a pour sa part déclaré Olivier Sichel, qui participait à cette réunion dans la foulée de la présentation des résultats du groupe. "Nous ne finançons pas les choses qui sont interdites en France par les traités, c'est-à-dire les armements controversés, les mines antipersonnel, le bactériologique, le chimique. Mais pour le reste nous considérons que le financement de la défense fait partie des objectifs de développement durable", avait il indiqué lors de la présentation des résultats annuels.

La Caisse des Dépôts a d'ores et déjà "une exposition de plus de 40 milliards d'euros" dans l'écosystème de la défense, indique-t-elle dans un communiqué. Conformément à sa mission d'intérêt général en appui des politiques publiques, elle estime "que la défense et la sécurité s'inscrivent pleinement dans l'axe stratégique des souverainetés". "La doctrine sectorielle publiée aujourd'hui précise les principes qui guideront l'intervention de la Caisse des Dépôts en faveur des entreprises et des projets participant au renforcement de la souveraineté nationale".

     avec AFP

 

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