Réseau électrique : la Cour des comptes européenne demande un électrochoc
Dans un "document d'analyse" publié ce 1er avril, la Cour des comptes européenne attire l'attention sur le rythme "insuffisant" des investissements planifiés dans le réseau électrique de l'Union européenne pour répondre à la future demande d'électricité, stimulée par la transition énergétique. Or "des investissements à grande échelle sont indispensables", alerte-t-elle. Ils sont portés, d'une part, par la nécessité d'accroître la capacité des réseaux pour faire face à cette demande croissante, mais aussi d'augmenter leur linéaire afin d'atteindre des sites de production d'énergies renouvelables éloignés des grands centres de consommation. Ils le sont encore, d'autre part, par des travaux de maintenance et de renouvellement conséquents, "en raison de l'âge avancé de l'infrastructure" ou pour s'adapter aux effets du changement climatique. Et ce, sans compter le fait que les fortes intermittence et variabilité des énergies renouvelables compliquent l'équilibrage du système, ou encore, pour certaines d'entre elles, qu'elles produisent du courant continu "alors que le réseau européen a été conçu pour opérer en courant alternatif".
Si la Cour juge certain qu'"à long terme un simple maintien des investissements planifiés ne suffira pas à couvrir les besoins", elle peine elle-même à quantifier ces derniers, observant que "plus on se projette dans l'avenir, plus l'incertitude, déjà significative, grandit". Pour elle, certains éléments ne prêtent néanmoins pas à contestation. Ainsi elle relève que "les projets d'infrastructure de réseau prennent souvent plus de temps que les projets d'énergie renouvelable", ce qui a pour conséquence non seulement de retarder le raccordement de ces dernières au réseau, mais entraîne aussi une congestion de ce dernier. Outre les difficultés de planifier l'évolution du réseau – la Cour dénonce le caractère "inefficace, complexe et fragmenté" de l'actuelle planification, rendue plus ardue encore par "l'évolution constante des objectifs de l'UE en matière de climat et d'énergie" –, la Cour déplore le temps nécessaire pour obtenir les autorisations idoines, "l'une des principales causes de retard", et "l'acceptation limitée par le public". D'autres causes également bien connues se surajoutent, comme la difficulté à se procurer certains matériaux et équipements dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée, et celle à recruter une main d'œuvre qualifiée. Autres facteurs de risques également à prendre en compte, l'impact de ces investissements sur les factures des consommateurs, par ailleurs jugé "peu clair", ou la difficulté d'accès à des financements abordables, d'autant plus crucial dans un secteur à très forte intensité de capital – et alors que la Cour décèle une tendance à la baisse du rendement des capitaux propres. Jugeant par ailleurs les solutions de stockage (batteries, hydrogène vert…) "insuffisamment abouties ou trop coûteuses", la Cour souligne in fine que "les consommateurs sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important en tant que producteurs d'énergie et membres actifs du système électrique de demain".
La Commission lance un nouvel appel à projets pour les interconnexions énergétiquesLa Commission européenne a annoncé, jeudi 3 avril, le lancement d’un appel à projets de 600 millions d'euros pour "financer des projets d'infrastructures énergétiques transfrontalières clés dans l'ensemble de l'UE". Cet appel s’inscrit dans le cadre du mécanisme "Connecting Europe Facility" (CEF) doté de 5,88 milliards d'euros pour la période 2021-2027. Seuls les projets figurant sur la liste des projets d’intérêt commun et des projets d’intérêt mutuel de l’Union adoptée l’an dernier pourront se présenter. Cette liste réactualisée a mis fin "au soutien des infrastructures liées aux combustibles fossiles", rappelle la Commission. Les promoteurs auront jusqu’au 16 septembre pour solliciter un cofinancement européen pour leurs études et travaux de construction. Les résultats de l’appel à projets seront présentés "au début de l’année prochaine". La Commission organisera une journée d’information courant mai. M.T. |