ProtectEU, la nouvelle stratégie de sécurité intérieure de la Commission européenne
Au moment même où, en France, les députés adoptaient la proposition de loi de lutte contre le narcotrafic (lire notre article), la Commission européenne présentait, ce 1er avril, sa stratégie européenne de sécurité intérieure, baptisée ProtectEU. Avec singulièrement dans le viseur d'Ursula von der Leyen, "le terrorisme, la criminalité organisée, la cybercriminalité en plein essor et les attaques contre nos infrastructures critiques".
Cette nouvelle stratégie vient prendre place aux côtés du livre blanc sur la défense européenne (lire notre article du 20 mars) et de la stratégie de préparation de l'UE aux crises tant civiles que militaires, présentée le 26 mars, laquelle vise notamment à promouvoir une culture de la résilience au niveau local.
Dans la lignée du programme européen en matière de sécurité présenté en 2015, qui relevait que "les autorités locales ont un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre la criminalité organisée", la Commission y réaffirme notamment sa volonté de donner aux autorités locales "les moyens de perturber l'infiltration criminelle". Elle précise notamment qu'elle soutiendra les États membres dans le renforcement de la sécurité urbaine, grâce au Feder. Elle entend également que l'Agenda urbain réponde aux défis sécuritaires, en s'appuyant notamment sur l'initiative Villes contre la radicalisation, laquelle semble avoir été quelque peu laissée en friche (contrairement au Centre de connaissances de l'UE sur la prévention de la radicalisation). Soulignant en outre que les lieux publics restent la cible la plus courante des attaques terroristes, la Commission indique qu'elle va chercher à augmenter les financements disponibles pour la protection de ces espaces (un sujet d'ailleurs normalement déjà couvert par l'Agenda urbain) et étudier "la possibilité d'imposer aux organisations d'envisager ou d'appliquer des mesures de sécurité dans les lieux accessibles au public, en collaboration avec les collectivités et partenaires privés".
Par ailleurs "consciente des graves conséquences locales du trafic de drogue", la Commission prévoit de proposer cette année un nouveau plan d'action contre ce trafic (et contre le trafic d'armes en 2026), ou encore d'élargir cette année aux ports de plus petite taille et aux ports intérieurs le partenariat public-privé de l'Alliance portuaire européenne pour combattre le crime organisé et le trafic de drogue, lancé le 24 janvier 2024 par la présidence belge du Conseil. Elle indique également être actuellement en train d'examiner la directive sur les articles pyrotechniques, estimant que le trafic illégal de ces derniers, "utilisés dans les crimes", requiert des mesures pour améliorer la prévention et la traçabilité.
La Commission met au passage la pression sur les États membres pour transposer et mettre pleinement en œuvre les directives NIS2 et REC, textes récemment examinés par le Sénat (lire notre article du 13 mars). Et sur le Parlement européen et le Conseil pour conclure leurs négociations sur la directive relative à la lutte contre la corruption.