Mois de l'ESS : Des initiatives qui luttent contre la précarité alimentaire

[Mois de l’ESS] Nouvelle semaine, nouvelle thématique pour ce temps fort dédié au mois de l’ESS !

De la fourche à l’assiette, nombreux sont les défis à relever pour accompagner la transition agricole et alimentaire, indispensable face aux enjeux mondiaux : changement climatique, augmentation démographique, épuisement des ressources, ...

A cela s'ajoute un contexte économique difficile, provoquant une baisse du pouvoir d'achat alimentaire, qui se traduit par une diminution de la consommation de produits durables, voire de la consommation en général. 

Pour faire face à cela et continuer de soutenir la transformation complexe mais nécessaire de ce secteur, nous accompagnons des modèles innovants via différentes offres. Nous soutenons notamment de belles initiatives en faveur de la transformation de nos modes de production et de consommation alimentaire, tout en permettant, en parallèle, l’insertion des personnes fragilisées et la lutte contre la précarité alimentaire.

Parmi ces projets, Les Jardins de Solène, Terrasol et le Réseau Cocagne.

Les Jardins de Solène, une valeur ajoutée aux produits hors normes

Lancé en 2021 et ouvert jusqu’en décembre 2024, notre AMI « Accélérer la transition alimentaire » vise à soutenir le développement de projets innovants qui favorisent la transition de l’ensemble de la chaîne de valeur alimentaire et par conséquent, l’accès à une alimentation durable, locale et accessible à tous. Pour cela, nous mobilisons nos outils d’investissement en fonds propres et quasi-fonds propres, via une enveloppe de 23M€ et nous accompagnons en ingénierie les projets en amont de leur investissement. 

A ce jour, l’AMI a permis d’identifier 30 projets. Parmi cette trentaine, les Jardins de Solène ont bénéficié de notre soutien.

Cette légumerie œuvre au développement d’un écosystème alimentaire durable, local, inclusif et circulaire répondant à la fois aux défis de la transition agricole et ceux de l’inclusion des personnes en situation de handicap.

L’innovation consiste parfois seulement à changer notre perception des choses, cela commence souvent par un simple pas de côté.

Solène Espitalié, la fondatrice.

Parce que « rien ne se perd, tout se transforme ! », la légumerie s’est engagée aux côtés des agriculteurs de la région pour valoriser les produits considérés comme « hors normes ». Lorsqu’ils sont trop gros, trop petits, irréguliers, voire abimés, les fruits et légumes sont voués à être jetés.

Pour éviter ce gaspillage, l’entreprise Les Jardins de Solène rachète ces récoltes auprès des producteurs de son réseau et les revalorise au sein de son atelier de transformation.

Une fois les fruits et légumes récupérés, le personnel – dont une partie est en situation de handicap ou sous statut de migrant – les prépare soigneusement pour offrir des produits frais, locaux, de saison, par la suite distribués à la restauration collective (école, EPHAD, hôpital). Le goût des produits est alors décuplé pour le grand plaisir du personnel, des élèves et des patients !

L’engagement des Jardins de Solène auprès de ces acteurs de la restauration collective se poursuit également avec des animations de sensibilisation au gaspillage alimentaire ou avec des actions qui soutiennent une consommation plus durable et l’inclusion du handicap.

Chiffres clés :

  • +75 000 kg de légumes valorisés
  • +625 000 repas préparés à partir de produits frais, locaux et de saison fournis aux enfants, étudiants et patients
  • 8 emplois de personnes en situation de handicap
  • 450 m² dédiés à l’atelier-légumerie

Aujourd’hui, la fondatrice souhaite aussi développer sa gamme en proposant des produits transformés (salades de fruits, compotes, soupes, …). En parallèle, elle travaille à la valorisation des terres en friches des collectivités et à l'installation de jeunes agriculteurs, pour tendre vers plus de bio et des pratiques agroécologiques.

L’association des Jardins de Solène a donc un triple impact : favoriser l’insertion des publics discriminés, lutter contre le gaspillage alimentaire en soutenant une économie circulaire et favoriser la production et la consommation en circuits-courts bio et durables ! Des valeurs chères que nous aimons soutenir à la Banque des Territoires.

Le Projet Terrasol, jeune pousse d’une expérimentation territoriale alimentaire

La Banque des Territoires gère, pour le compte de l’Etat, l’appel à manifestation d’Intérêt France 2030 « Démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires », doté de 152 M€ de subventions. Par cette action, nous accompagnons les territoires dans la transformation de leurs systèmes actuels afin de démontrer la faisabilité et la réplicabilité d’innovations au service de systèmes agricoles et alimentaires plus durables.

Lauréat de cet AMI, le projet Terrasol réunit de nombreux acteurs locaux autour d’une même table pour faire émerger une nouvelle approche ainsi qu’une nouvelle gouvernance des transitions agricole et alimentaire. Parce que l’accès à une alimentation saine est un droit, un pilier essentiel pour l’environnement et notre santé, ce projet, implanté à Montpellier, souhaite expérimenter de nouveaux modèles inspirants en matière de solidarité, de démocratie et de gouvernance alimentaires. 
 

Ce projet repose sur 5 piliers fondamentaux :

  1. Création d’une Caisse alimentaire commune, inspiré du principe de Sécurité sociale de l’alimentation
  2. Développement de nouvelles formes d’approvisionnement, alliant juste rémunération des producteurs et accessibilité des produits
  3. Engagement citoyen dans des dynamiques de démocratie alimentaire via un comité citoyen de 50 personnes qui se réunit mensuellement
  4. Gouvernance multi-acteurs favorisant les solidarités, avec plus de 25 acteurs publics et privés mobilisés
  5. Recherche-action et formation

 

En ce mois de l’ESS, nous mettons en lumière la Caisse alimentaire commune, un dispositif visant à garantir l’accès à l’alimentation pour tous et l’inclusion des personnes en précarité alimentaire. S’inspirant du principe de la Sécurité sociale de l’alimentation, la Caisse alimentaire permet d’inventer un système solidaire tout en soutenant la production locale.

Mis en place pour le moment à l’échelle de plusieurs centaines d’habitants, ce budget collectif est alimenté par des fonds à la fois publics et privés ainsi que par les citoyens. Concrètement, le principe est simple : chaque participant cotise librement, chaque mois, selon ses moyens, de 1 € à 150 € par mois et reçoit en retour une allocation alimentaire de 100 € mensuels, utilisable dans des commerces conventionnés qui répondent à des critères sociaux et environnementaux. Cette allocation alimentaire est reçue sous la forme d’une monnaie alimentaire numérique issue de la monnaie locale citoyenne, la Graine. Cette somme peut ensuite être dépensée chez les producteurs et distributeurs partenaires du projet. Cohésion sociale et lutte contre la précarité alimentaire sont ainsi au cœur de ce dispositif.

La gestion de la Caisse alimentaire, telle que les modalités de cotisation ou encore les critères des lieux affiliés, est assurée démocratiquement par un Comité citoyen de l’alimentation, composé d’une quarantaine de membres – tous revenus confondus – issus de différents quartiers de Montpellier.

Cette organisation favorise la création de liens entre citoyens, agriculteurs, entreprises et institutions, des acteurs qui, dans un modèle plus traditionnel, n’auraient peut-être jamais coopéré pour mener à bien un projet d’enjeu sociétal. Le projet Terrasol est porté par la Fédération Régionale des CIVAM d'Occitanie (Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural), une fédération associative d’éducation populaire qui accompagne depuis près de 40 ans des projets collectifs en faveur d’une agriculture et d’une alimentation durables. Les collectivités de Montpellier Méditerranée Métropole et la ville de Montpellier sont aussi particulièrement impliquées dans le projet et sont très actives sur le sujet d’alimentation durable et de lutte contre la précarité alimentaire.

L’état des lieux établi par cette expérimentation permettra non seulement de mesurer les impacts d’une telle expérimentation, mais aussi d’évaluer les moyens techniques et juridiques à déployer dans une phase plus avancée et plus large de développement. Tout comme les autres axes d’action du projet Terrasol, l’ambition est avant tout d’obtenir des résultats qualitatifs plutôt que quantitatifs, afin de contribuer à la transformation des modèles alimentaires actuels

Le Réseau Cocagne, des actions en faveur de l’insertion sociale, de l’agriculture durable et de l’économie solidaire

Nous soutenons le développement du Réseau Cocagne depuis plusieurs années et à travers plusieurs outils (PIA ESS, investissement pour renforcer les fonds propres), afin de développer ses actions en faveur de l’insertion sociale, de l’agriculture durable et de l’économie solidaire. Ce réseau, créé en 1999, vise en effet à lutter contre la précarité alimentaire et favorise l’insertion des personnes éloignées de l’emploi.

L’insertion des personnes éloignées de l’emploi

Plus d’une centaine de Jardins de Cocagne sont implantés sur tout le territoire. Véritables exploitations agricoles biologiques, ces jardins sont aussi des structures d’insertion qui emploient des personnes éloignées de l’emploi. Ainsi, plus de 4000 salariés se réinsèrent sur le marché de l’emploi avec une mission porteuse de sens, en participant aux cultures maraichères et à la transformation des produits. Ces Jardins contribuent au quotidien au développement de leurs territoires et participent activement à la structuration d’écosystèmes agricoles locaux durables et solidaires.

La lutte contre la précarité alimentaire

Le Réseau Cocagne s’est aussi engagé pour lutter contre la précarité alimentaire, en hausse depuis des années, grâce à la distribution à moindres coûts de ses paniers solidaires. Initialement distribués aux adhérents consom’acteurs du Réseau, ces paniers sont constitués des récoltes des jardins d’insertion, donc de fruits et légumes bio, locaux et de saison. Leur distribution auprès d’un public fragilisé montre une fois de plus l’engagement du Réseau Cocagne d’agir en faveur de la cohésion sociale et d’une économie plus durable et solidaire, ce qui résonne particulièrement avec les orientations stratégiques de la Banque des Territoires.

NB : Plus de 5 millions de personnes ont recours à l'aide alimentaire (Rapport IGAS n°2019-069R) et 42% des plus précaires déclaraient début 2023 avoir supprimé un repas par jour pour des raisons budgétaires (Ifop, Enquête sur la précarité et l’éducation alimentaires, 2023)

Ces initiatives englobent toute la chaine de valeur de l’alimentation et tissent le lien inévitable entre les enjeux de cohésion sociale, les dynamiques territoriales et les transitions agricole et alimentaire.

Ils seront notamment au cœur des discussions à l’occasion d’un nouveau rendez-vous au Hub des Territoires le 23 novembre prochain sur le thème « Transition alimentaire et cohésion sociale : comment repenser notre système alimentaire pour le rendre plus inclusif ? »