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Education / Attentats - Les messages d'alerte "attentats" diversement reçus dans les écoles

Dans son volumineux rapport 2015, l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement s'est penché sur le risque attentats dans les écoles. Pointant l'inégale mise en œuvre du plan particulier de mise en sûreté, et l'inefficacité des messages d'alerte déposés dans des boîtes mails destinés à de multiples usages, il recommande a minima aux collectivités d'équiper leurs écoles et établissements scolaires d'un "moyen technique réservé aux alertes et aux messages d'urgence".

La surveillance renforcée des entrées des établissements scolaires "doit s'accompagner de dispositifs internes face à une situation de crise". C'est l'une des conclusions de l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement, dans son rapport 2015, année marquée par les attentats de janvier et de novembre. L'Observatoire rappelle l'existence du "guide d'élaboration du PPMS" (plan particulier de mise en sûreté) qui "prend en compte les nouveaux risques tels que les attentats ou les intrusions" et d'une circulaire qui "rend obligatoire la réalisation de deux exercices de mise à l'abri ou de confinement" (voir notre article du 2 décembre 2015). Un rappel opportun puisque, selon l'observatoire, le "taux de réalisation" des PPMS serait "inégal et souvent insuffisant".

Equiper les écoles de téléphone dédié aux alertes, sirène d'alerte ou signal lumineux

Au vu d'une enquête visant à analyser le mode de transmission des messages d'alerte des préfectures aux collectivités et aux établissements, l'observatoire préconise d'"équiper les écoles et autres établissements d'enseignement d'un moyen technique réservé aux alertes et aux messages d'urgence (téléphone dédié, bipeur, sirène d'alerte, signal lumineux…)".
Les résultats de cette enquête, à laquelle cinquante départements ont répondu, montrent que le traitement des alertes, de l'émission des préfectures jusqu'aux établissements, fait l'objet de pratiques "très diverses" selon les départements.
Il apparait que la principale difficulté concerne les écoles, en particulier en zone rurale mais pas seulement. Il s'agit en fait de toutes les écoles "où les messages d'alerte ne peuvent être reçus instantanément, faute de personnel disponible pour assurer une permanence de réception des mails et appels téléphoniques". Dans certains départements, "les écoles sont souvent difficilement joignables directement par téléphone durant les heures d'enseignement. Les messages électroniques ne sont pas lus de manière instantanée". Il est également noté que "l'utilisation du téléphone mobile peut s'avérer difficile (mauvaise couverture réseau, saturation, directeurs non dotés)". De même "la messagerie électronique pose aussi problème car il s'agit d'un outil d'information mais pas d'alerte puisque non veillé en permanence".

"La messagerie de l'école ou de l'établissement n'est pas veillée en permanence"

Ce constat vaudrait également pour les zones très urbaines. Dans le département des Hauts-de-Seine par exemple, il apparait qu'"il n'y aura plus de sirènes dans les communes hormis les 'sirènes PPI' des sites Seveso malgré un risque TMD (NDLR : transport de matières dangereuses) diffus et de multiples sites cibles potentielles d'attentat majeur". Aussi, pour une "diffusion de masse" d'un message d'alerte aux établissements, il n'y aurait "que la messagerie électronique (pour servir environ 950 établissements) or celle-ci est un outil de diffusion de consignes ou recommandations et non d'alerte ! En effet la messagerie de l'école ou de l'établissement n'est pas veillée en permanence !!!", lit-on dans le rapport de l'observatoire. Là encore, il s'inquiète "pour les écoles dont le directeur est partiellement déchargé et qui n'est donc pas joignable quand il est devant élèves... (téléphone sonnant dans le vide dans son bureau ou basculant vers une messagerie)". Et de conclure : dans le 92, "le système 'chaîne d'alerte téléphonique' au niveau d'une circonscription a de ce fait montré ses limites en matière d'efficacité et de rapidité".
Par ailleurs, l'observatoire a constaté que "les établissements privés ne sont pas systématiquement informés". Il recommande de "préciser les procédures d'alerte pour les établissements privés" et plus largement pour "les établissements d'enseignement supérieur ainsi que les établissements d'enseignement relevant d'autres ministères".

Valérie Liquet avec ToutEduc

Portiques de sécurité dans les lycées d'Auvergne-Rhône-Alpes : ça passe pas partout !

C'était une promesse de campagne de Laurent Wauquiez : installer des portiques de sécurité à l'entrée des lycées, perçus comme des systèmes de détection semblables à ceux que l'on peut trouver dans les aéroports ou les magasins. En janvier dernier, tout juste élu président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il a précisé qu'une quinzaine des 600 lycées de la région expérimenteraient "un système de portiques et badges pour s'assurer que n'importe qui ne puisse pas rentrer" et la collectivité a débloqué, en février, une enveloppe de 1,5 million d'euros à cette fin. La mise en œuvre du projet se heurte toutefois à des oppositions.
En mars, le lycée Pierre Béghin de Moirans (Isère), choisi comme établissement-pilote, a fait savoir qu'il installerait de simples tourniquets fonctionnant avec des badges, car "l'idée de portiques de sécurité a fait monter tout le monde au créneau", parents d'élèves et professeurs, contre ce qui serait devenu "du flicage tous azimuts". Au lycée Louis Armand de Chambéry, les représentants des lycéens, des professeurs et des parents d'élèves ont voté contre l'installation de tourniquets avec vidéosurveillance, lors du conseil d'administration de l'établissement. Une consultation organisée le 17 mars avait montré que 90% des élèves étaient contre ce dispositif.
"L'obsession quand on cherche à assurer la sécurité des élèves, c'est d'abord d'éviter le plus possible les attroupements devant les établissements qui en font par définition des cibles faciles. Or, le portique provoque inévitablement une longue immobilisation des élèves et donc de tels attroupements", a rappelé la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, dans un entretien au quotidien régional Le Dauphiné Libéré le 25 mars.

AFP