Archives

Canicule et sécheresse : la France en surchauffe

La canicule qui a commencé ce 22 juillet sur la France, la deuxième en moins d'un mois, sera courte mais particulièrement intense. Le gouvernement a réitéré ses conseils de prévention alors que la chaleur devrait atteindre un niveau historique ce jeudi dans le pays déjà frappé par une sécheresse exceptionnelle. 73 départements sont actuellement concernés par des restrictions d'eau. Le monde agricole, particulièrement touché, va bénéficier d'aides d'urgence : avance supplémentaire d'un milliard d'euros sur les aides de la PAC à la mi-octobre, autorisation de faucher les terres en jachère dans 9 départements de plus.

Une nouvelle fois, la canicule s'abat sur l'hexagone. Après celle de la fin juin, exceptionnelle par sa précocité et son intensité, une vague de chaleur a commencé à frapper ce 22 juillet une grande moitié sud du pays (à l'exception de la côte méditerranéenne) ainsi que le Centre, jusqu'à l'Ile-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté. 59 départements ont déjà été placés en vigilance orange par Météo France.

Pic attendu jeudi

La canicule, qui va s'étendre vers le Nord, doit atteindre un nouveau pic jeudi. Le rafraîchissement est attendu pour vendredi. "On a une canicule brève, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, parce que plus c'est long plus les organismes se fatiguent et plus ça devient pénible notamment pour les plus vulnérables", a commenté ce lundi le prévisionniste de Météo-France François Jobard. Mais elle est "remarquablement intense", et "jeudi sera potentiellement une journée historiquement chaude", avec une moyenne sur l'ensemble du pays qui devrait être proche des records d'août 2003, a-t-il indiqué à l'AFP.
Cette même journée de jeudi, de nombreux records absolus locaux devraient également être battus, notamment à Paris où Météo-France attend désormais une température de 41 voire 42°C. Depuis le début des mesures en 1873, la capitale n'a dépassé la barre des 40°C qu'une seule fois : le 28 juillet 1947, avec 40,4°C. Malgré cette chaleur exceptionnelle de jeudi où le thermomètre pourrait atteindre 43°C localement en Ile-de-France ou dans certaines régions du Centre, le mercure ne s'approchera pas du record absolu français établi lors de la précédente canicule, avec 46°C à Vérargues dans l'Hérault le 28 juin.

Plan canicule niveau 3 à Paris

Les grandes villes se préparent à affronter ce nouvel épisode caniculaire. Paris, qui sera particulièrement touchée par la nouvelle vague de canicule, a activé son plan canicule niveau 3 (sur 4)- "salles rafraîchies" dans les équipements publics, fontaines temporaires et brumisateurs, ouverture nocturne de parcs et jardins, a annoncé lundi la mairie. A Nantes, cinq parcs seront ouverts jusqu'à 22h et la consommation d'eau réduite de 40% par jour en économisant sur l'arrosage des parcs et jardins et le nettoyage des rues. A l'autre bout de la France, deux parcs seront ouverts jusqu'à minuit à Nancy.
Côté gouvernemental, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a demandé la diffusion "dès lundi matin sur les antennes télévisuelles et radiophoniques des spots rappelant les conseils de prévention", selon un communiqué diffusé dimanche. La plateforme d'information "Canicule info service", accessible au 0800 06 66 66 (numéro vert), reprend également du service. La Direction générale de la Santé a appelé l'ensemble des acteurs – pouvoirs publics, collectivités, associations, à relayer les conseils des autorités sanitaires, en particulier auprès des personnes les plus fragiles (nourrissons, enfants, personnes âgées, handicapées ou fragiles isolées…). Ces dernières, notamment, sont incitées à s'inscrire sur la liste mise à leur disposition dans chaque mairie pour revoir le soutien de bénévoles.

Circulation différenciée dans les agglomérations parisienne et lyonnaise

La ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, a pour sa part appelé ce lundi l'ensemble des opérateurs de transport "à la plus grande vigilance et à la mobilisation, en lien avec les collectivités locales qui sont autorités organisatrices des transports". La SNCF a activé son plan "fortes chaleurs" qui prévoit notamment une "surveillance renforcée" des "matériels et infrastructures". Idem à la RATP. La Cellule ministérielle de veille opérationnelle et d'alerte (CMVOA) du ministère de la Transition écologique assurera un suivi de tous les éventuels incidents dans les réseaux de transport "afin de s'assurer de leur gestion dans les meilleurs délais", a prévenu le ministère.
Avec la chaleur se pose aussi la question de la pollution à l'ozone. En Ile-de-France, la circulation différenciée sera mise en place dès ce mardi dans l'agglomération parisienne, a annoncé lundi la Préfecture de police de Paris. "Seuls les véhicules munis d'une vignette Crit'Air de classe 0, 1 et 2 seront autorisés à circuler" de 05h30 à minuit à l'intérieur d'un périmètre délimité par l'A86, soit Paris et la petite couronne. La ministre de la Transition écologique a demandé que des mesures de circulation différenciée soient aussi mises en œuvre "systématiquement et sans délai" "dans l'ensemble des grandes agglomérations françaises confrontées au risque de pollution, en lien avec les élus locaux concernés".
La circulation différenciée sera mise en place dès mardi matin à Lyon, Caluire-et-Cuire et Villeurbanne, a déjà annoncé lundi la préfecture du Rhône.  Seuls seront autorisés à circuler à partir de 05H00 sur ces trois communes les véhicules affichant un certificat qualité de l'air (vignette Crit'Air) de classe "zéro émission moteur", 1, 2, ou 3, a précisé la préfecture.    Un abaissement temporaire de la vitesse de 20 km/h est également instauré sur tous les axes routiers du département où la vitesse limite autorisée est normalement supérieure ou égale à 90 km/h. Les axes dont la vitesse est limitée à 80 km/h sont quant à eux limités à 70 km/h. Quant au réseau de transports en commun TCL, il propose à nouveau son offre Tick'Air, qui permet de voyager en illimité pour trois euros par jour.

Restrictions d'eau dans 73 départements

La canicule revient alors que la sécheresse ne cesse de s'étendre sur le territoire. Une dizaine de départements étaient déjà soumis ce printemps à des restrictions d'usage de l'eau pour cause de déficits pluviométriques (lire notre article). Ils sont maintenant 73 à faire l'objet d'arrêtés préfectoraux. Certains sont en niveau d'alerte - réduction des prélèvements à des fins agricoles inférieure à 50% ou interdiction jusqu'à 3 jours par semaine, mesures d'interdiction de manœuvre de vanne, d'activité nautique, interdiction à certaines heures d'arroser les jardins, espaces verts, golfs, de laver sa voiture, ... -, d'autres en alerte renforcée - réduction des prélèvements à des fins agricoles supérieure ou égale à 50% (ou interdiction supérieure ou égale à 3,5 jours par semaine), limitation plus forte des prélèvements pour l'arrosage des jardins, espaces verts, golfs, lavage des voitures, ..., jusqu'à l'interdiction de certains prélèvements. Une douzaine de départements sont soumis à des mesures de crise pour tout ou partie de leur territoire - arrêt des prélèvements non prioritaires y compris des prélèvements à des fins agricoles. Seuls les prélèvements permettant d'assurer l'exercice des usages prioritaires sont autorisés (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité). La totalité du territoire de la Creuse a été placée "en crise" depuis le 10 juillet. La majeure partie de celui de l'Indre-et-Loire et de la Vendée l'est aussi.
Pour faire face au manque d'eau qui touche durement le monde agricole, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a annoncé, lundi 22 juillet, un "plan de mobilisation générale", lors d'un déplacement dans le Loir-et-Cher. Il s'agit notamment de faire passer de 24 à 33 le nombre de départements dans lesquels les éleveurs vont pouvoir faucher les terres en jachère alors que la sécheresse empêche les bêtes de paître et qu'elles utilisent déjà les fourrages d'hiver. Neuf départements (Cantal, Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Loiret, Loir-et-Cher, Haute-Savoie, Jura, Nièvre et Haut-Rhin) s'ajoutent ainsi à la liste des 24 déjà concernés depuis le 1er juillet par cette mesure. Le ministre compte également demander à l'Union européenne une avance d'un milliard d'euros sur les aides de la Politique agricole commune (PAC) pour que, dès la mi-octobre, les éleveurs puissent se fournir en fourrages. Dans l'émission Les 4 vérités, sur France 2, le ministre a appelé à la "solidarité" entre les départements, en lien avec les chambres d'agriculture, afin d'éviter toute spéculation. Enfin, le ministre a annoncé qu'il prendrait un arrêté pour que, dès mardi, les transports d'animaux soient interdits entre 13h et 18h dans les départements classés en vigilance orange.